Julien gardait un signet vers Tastebuds depuis l’époque où l’on se demandait encore si deux personnes qui écoutent les mêmes disques ont vraiment plus de chances de s’entendre. Nous avons rouvert la page pour actualiser cet article. À la place du site, une lettre d’adieu signée par ses deux fondateurs.
Tastebuds, le site de rencontres britannique qui plaçait les goûts musicaux au centre du profil, a cessé de fonctionner le 24 juin 2025 à 20 h, heure de Londres. Son adresse affiche depuis une page commémorative titrée « Tastebuds.fm (2010-2025) ». Aucune inscription n’est plus possible, et les conversations qui s’y trouvaient ne sont pas récupérables.
- 1 La date de fermeture circule mal, voici celle que nous avons vérifiée
- 2 Ce que Tastebuds savait faire, et que personne n’a vraiment repris
- 3 Pourquoi la musique restait un filtre efficace
- 4 Où faire des rencontres par la musique en 2026
- 5 Et le compte que vous aviez là-bas ?
- 6 Deux questions que ça nous a posées
La date de fermeture circule mal, voici celle que nous avons vérifiée
Deux versions cohabitent sur le web, et une seule tient devant les archives. La fiche encyclopédique la plus consultée date la fin du service au 18 avril 2023, après une annonce du 2 mars de la même année. Les captures archivées du site racontent autre chose.
Le 23 juin 2025, la page d’accueil de Tastebuds était toujours en ligne, avec bouton de connexion et un bandeau explicite en anglais : le service fermerait le 24 juin 2025 à 20 h BST. La capture suivante, une semaine plus tard, ne montre plus que la page d’adieu. Le service a donc bien vécu deux ans de plus que ce que raconte sa notice, et nous préférons signaler la contradiction plutôt que trancher à la place des intéressés.
La leçon vaut au-delà de ce cas précis, et nous l’appliquons maintenant à chaque plateforme de niche dont nous parlons : ouvrir le site, puis comparer avec ses captures archivées. Nous l’avions déjà fait pour le site de rencontres geek Geek2Geek, qui s’est éteint sans le moindre communiqué.
Ce que Tastebuds savait faire, et que personne n’a vraiment repris
Le principe tenait en une idée simple : votre profil, c’était votre discothèque. Lancé à Londres en juin 2010 par Alex Parish et Julian Keenaghan, deux musiciens d’un même groupe qui bricolaient le site à côté de leur travail, Tastebuds vous demandait de relier un compte Spotify ou Last.fm, ou simplement de taper une liste d’artistes à la main.
Le classement des profils suivait ensuite le nombre d’artistes en commun. Pas de test de personnalité, pas de questionnaire à rallonge : des groupes, et un tri par affinité d’écoute. La fonction la plus maligne venait d’un partenariat avec le service de billetterie Songkick, qui permettait de repérer les membres présents au même concert que vous et de convenir de s’y retrouver. C’est précisément cette passerelle vers le monde réel qu’aucune application généraliste n’a reprise telle quelle.
Sur sa page d’adieu, l’équipe revendique plus d’un million d’inscrits depuis 2010, 3,5 millions de morceaux partagés et 49 millions de messages échangés. Ce sont ses propres chiffres, jamais audités par un tiers, à lire comme un ordre de grandeur.
Pourquoi la musique restait un filtre efficace
Un goût musical commun ne prédit pas un couple, et nous nous méfions de toute plateforme qui laisse croire l’inverse. Il donne juste quelque chose à faire ensemble dès le premier rendez-vous, et c’est déjà énorme quand on a passé trois semaines à s’écrire.
Notre premier vrai rendez-vous s’est joué sur ce terrain-là. Un concert dont Elodie avait parlé en passant, un billet en trop, et une soirée où il n’a jamais fallu meubler la conversation. Comparé au café de quarante minutes en face à face, l’écart de confort est considérable. Un premier rendez-vous avec un décor et une bande-son laisse beaucoup moins de place au silence gêné.
Où faire des rencontres par la musique en 2026
La niche a disparu en tant que telle, mais la fonction a été absorbée par les grandes applications. Trois pistes fonctionnent, et rien n’oblige à choisir.
- Les hymnes musicaux des applications généralistes. Tinder a noué son partenariat avec Spotify en septembre 2016 pour laisser afficher un morceau signature sur le profil, puis a étendu la mécanique à une section dédiée en 2021. C’est le plus proche héritier direct de l’idée de Tastebuds.
- Le profil écrit avec précision. Trois artistes nommés valent mieux qu’un « j’aime la musique » qui ne filtre rien. Cette précision vaut pour toutes les passions, pas seulement pour les disques : elle donne à l’autre une accroche à laquelle répondre.
- Les concerts et les festivals eux-mêmes. Moins confortable qu’une application, nettement plus efficace en termes de rencontres réelles. Les scènes locales, les salles de quartier et les associations de bénévoles restent le circuit le plus court entre une passion et des gens.
Et le compte que vous aviez là-bas ?
Quand un service ferme, ses données sortent de votre contrôle et personne ne vous prévient. Le réflexe utile tient en deux gestes : changer le mot de passe partout où vous l’aviez réutilisé, et surveiller l’adresse e-mail associée, qui peut circuler dans des listes bien après l’extinction du site.
Les fondateurs, eux, invitent les anciens membres à leur envoyer par e-mail un morceau et un souvenir, pour composer une playlist commémorative. C’est une fin plus élégante que la page blanche qu’on trouve d’habitude.
Ce qu’il faut retenir
- Tastebuds a fermé le 24 juin 2025, pas en 2023 comme l’écrivent plusieurs fiches
- Le site reliait Spotify ou Last.fm et classait les profils par artistes en commun
- Sa passerelle vers les concerts, via Songkick, n’a jamais eu d’équivalent
- Reste l’hymne musical des grandes applications, et les salles de concert en vrai
Deux questions que ça nous a posées
Faut-il se méfier des sites de niche après ça ?
Se méfier, non. Vérifier, oui, et avant de payer. Une plateforme spécialisée vit tant que sa communauté l’alimente, et elle s’éteint souvent en silence. Trois signaux suffisent : des profils dont la dernière connexion remonte à des mois, des conditions d’utilisation qui n’ont pas bougé depuis des années, et une page d’inscription visiblement figée.
Un site généraliste peut-il remplacer un site pour mélomanes ?
Sur le volume de profils, largement. Sur la finesse du tri, non : une application généraliste vous propose des gens proches de vous, pas des gens qui écoutent la même chose que vous. La compensation passe par le profil, où il faut être beaucoup plus précis que sur un site de niche qui faisait ce travail à votre place.
Une passion, ça se raconte mal en trois mots
Le plus dur n’est pas de choisir la plateforme, c’est d’écrire un profil qui donne envie de répondre.
Publié le 12 avril 2024, mis à jour le 11 août 2026. Fermeture, dates et chiffres vérifiés le 11 août 2026 sur la page commémorative de tastebuds.fm et sur les captures archivées du site datées du 23 et du 30 juin 2025. Origine du service et partenariat Songkick d’après sa notice encyclopédique et la presse spécialisée de l’époque, dont la date de fermeture, contredite par les archives, est signalée dans l’article. Chiffres d’inscrits, de morceaux partagés et de messages : communication de l’éditeur, non auditée.
