Les listes de jeux érotiques se ressemblent toutes : strip-poker, action ou vérité, faire l’amour dans chaque pièce. Ce qu’aucune ne dit, c’est ce qui décide vraiment de la réussite d’une soirée de ce genre. Ce n’est ni l’accessoire ni l’audace, c’est la conversation de dix minutes qu’on a eue avant.
Pimenter sa vie sexuelle tient à trois choses concrètes : se mettre d’accord sur ce qui est possible avant de jouer, choisir des accessoires dont on connaît la matière, et savoir ce qu’un objet connecté fait de vos données. Le reste, jeux et défis, se pioche selon l’envie du moment : aucune liste n’a de vertu magique.
Trois choses avant de commencer
- Le consentement est défini en droit comme spécifique et révocable : un accord donné avant ne vaut pas pour toute la soirée.
- Les quatre sextoys analysés dans une étude de 2023 contenaient tous des phtalates au-delà des seuils réglementaires.
- Un jouet connecté est un objet connecté comme un autre : en 2025, une marque majeure exposait l’e-mail de ses utilisateurs.
- 1 La conversation de dix minutes qu’on saute toujours
- 2 Les jeux : ce qui existe vraiment, et ce qui n’existe pas
- 3 Les sextoys : la matière compte plus que le modèle
- 4 Le jouet connecté est un objet connecté
- 5 Filmer : la règle qu’on oublie
- 6 Ce qui a marché chez nous, et ce qui n’a rien donné
- 7 Les questions qui reviennent
La conversation de dix minutes qu’on saute toujours
C’est elle qui fait la différence entre une soirée réussie et une soirée qu’on ne recommencera jamais. Trois questions suffisent : ce dont j’ai envie, ce que je ne veux pas essayer ce soir, et comment on s’arrête si l’un des deux n’y est plus.
Ce dernier point n’est plus seulement une bonne pratique, c’est du droit. La loi n° 2025-1057 du 6 novembre 2025 a fait entrer le non-consentement dans la définition pénale du viol et des agressions sexuelles, et elle définit le consentement comme libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable. Il ne peut pas se déduire du silence ni de l’absence de réaction. Traduit dans une soirée de jeux : avoir dit oui au principe du jeu ne vaut pas oui à chacun de ses gages, et on peut changer d’avis en cours de route sans avoir à se justifier.
D’où l’intérêt du mot d’arrêt convenu à l’avance, celui qui suspend tout immédiatement. Ce n’est pas un accessoire de scénario, c’est ce qui rend le jeu possible.
Les jeux : ce qui existe vraiment, et ce qui n’existe pas
Les grands classiques n’ont pas besoin d’application : le strip-poker et la version adulte d’action ou vérité tiennent avec un jeu de cartes et un peu d’imagination. Sur les magasins d’applications, on trouve sans difficulté des jeux de gages pour couples, du type « Jeux de couple : action ou vérité » ou « Gages coquins », disponibles en français sur Google Play.
Une précision s’impose sur une référence souvent citée de travers. Jouissance Club n’est pas une application : c’est d’abord un compte Instagram devenu un livre, Jouissance Club, une cartographie du plaisir, publié chez Marabout. Son autrice est Jüne Plã, illustratrice, et non Ovidie, à qui l’ouvrage est régulièrement attribué à tort. Les deux existent et travaillent sur ces sujets, mais ce livre-là n’est pas d’Ovidie. Le format papier a d’ailleurs un avantage sur l’appli : il se feuillette à deux sur le canapé, ce qu’un téléphone permet mal.
Les sextoys : la matière compte plus que le modèle
C’est le sujet dont les boutiques parlent le moins, et c’est celui qui mérite deux minutes d’attention. Une étude publiée dans Microplastics and Nanoplastics en 2023 par Sipe et ses coauteurs, des universités Duke et Appalachian State, a analysé quatre jouets du commerce : un vibromasseur double, des perles anales, un vibromasseur anal et un vibromasseur externe.
Les quatre contenaient des phtalates, dont le DEHP interdit dans l’Union européenne, à des niveaux dépassant la limite de 0,1 % du poids. Les auteurs relèvent aussi une libération de micro et nanoplastiques par abrasion, la plus forte pour le jouet anal, la plus faible pour le vibromasseur externe. L’échantillon est minuscule, quatre produits, et ce n’est pas une photographie du marché : c’est une alerte sur un secteur qui échappe largement aux normes applicables aux jouets pour enfants.
| Matière | Ce qu’elle vaut | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Silicone platine | Non poreux, se désinfecte, souple | Incompatible avec les lubrifiants silicone |
| Verre borosilicate | Non poreux, inerte, facile à nettoyer | Fragile en cas de choc, vérifier l’absence de fêlure |
| Acier inoxydable | Inerte, durable, stérilisable | Lourd, conduit le froid et le chaud |
| Plastiques souples non identifiés (« jelly », PVC) | Bon marché | Matière poreuse, famille visée par l’étude sur les phtalates |
Le réflexe simple : si l’emballage ne dit pas de quoi l’objet est fait, considérer que c’est une information manquante, pas un détail.
Le jouet connecté est un objet connecté
Ça paraît évident écrit comme ça, et pourtant. En mars 2025, un chercheur en sécurité connu sous le pseudonyme BobDaHacker a signalé au fabricant Lovense, l’une des marques les plus vendues de sextoys pilotables à distance, deux failles : l’une permettait de retrouver l’adresse e-mail d’un utilisateur à partir de son seul pseudonyme, l’autre de prendre le contrôle d’un compte à partir de cette adresse.
Selon TechCrunch, qui a publié l’affaire le 29 juillet 2025, le fabricant avait annoncé un délai de quatorze mois pour corriger la première faille, afin de ne pas casser la compatibilité des anciennes versions de son application. Les correctifs ont finalement été déployés dans les jours qui ont suivi la publication de l’article.
La leçon dépasse une marque : un objet qui parle à un serveur transporte des données, et dans ce domaine-là plus qu’ailleurs, une fuite ne se rattrape pas. Nous en avons parlé plus largement dans nos repères sur la sexualité connectée à distance.
Filmer : la règle qu’on oublie
Elle tient en une phrase. En droit français, l’article 226-2-1 du code pénal, créé par la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique, punit de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende la diffusion d’images à caractère sexuel sans le consentement de la personne, peine portée à cinq ans et 75 000 euros lorsque la victime est mineure.
Le point important pour un couple : consentir à l’enregistrement ne vaut jamais consentement à la diffusion. Ce sont deux accords distincts, et le second ne se présume pas.
Ce qui a marché chez nous, et ce qui n’a rien donné
Le carnet à deux colonnes a été notre meilleure trouvaille, et elle ne coûte rien. Chacun écrit de son côté trois envies et trois refus, puis on compare. On a découvert deux choses qu’on croyait impossibles à formuler, et une que l’un des deux n’avait jamais eu envie d’essayer alors que l’autre en était persuadé depuis deux ans.
Ce qui n’a rien donné : les défis planifiés à la semaine. Se fixer un programme transforme le désir en obligation, et on s’est retrouvés à cocher des cases un mardi soir sans aucune envie. On a arrêté au bout de trois semaines. À l’inverse, changer une seule variable, la pièce, l’heure, l’éclairage, produit plus d’effet qu’un accessoire neuf.
Les questions qui reviennent
Et si l’un des deux n’a pas envie d’essayer ?
Alors on n’essaie pas, et ce n’est pas un échec de couple. Insister, même gentiment, revient à faire peser une pression qui abîme durablement la confiance. Une envie qui n’est pas partagée reste une envie : elle peut se dire, se poser, se reprendre plus tard.
Le BDSM, c’est réservé aux initiés ?
Non, mais toute pratique impliquant contrainte, douleur ou immobilisation exige un cadre explicite : mot d’arrêt convenu, matériel qu’on sait défaire vite, et personne sous l’effet de l’alcool. C’est un univers avec ses codes, que nous abordons dans notre article sur les sexualités hors normes.
Faut-il investir dans du matériel pour commencer ?
Non. Les changements les plus efficaces qu’on ait testés sont gratuits : un lieu différent, une heure différente, une conversation qu’on n’avait jamais eue. L’accessoire vient après l’envie, jamais l’inverse.
Quand faut-il en parler à quelqu’un d’extérieur ?
Quand l’écart de désir devient une source de conflit répété, ou quand une pratique laisse l’un des deux mal à l’aise après coup. Un sexologue diplômé ou un thérapeute de couple est l’interlocuteur adapté. Cet article partage notre expérience et des sources publiques, il ne remplace pas un accompagnement professionnel.
À tester ce week-end
Le carnet à deux colonnes, trois envies et trois refus chacun. C’est ce qui nous a le plus surpris.
Mis à jour le 14 août 2026.
Sources : Sipe J. M. et coll., « Bringing sex toys out of the dark : exploring unmitigated risks », Microplastics and Nanoplastics, vol. 3, 2023 (4 produits analysés). TechCrunch, enquête sur les failles de sécurité de Lovense, 29 juillet et 1er août 2025. Loi n° 2025-1057 du 6 novembre 2025. Article 226-2-1 du code pénal, créé par la loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016. Plã J., Jouissance Club, une cartographie du plaisir, Marabout.
