Elodie au clavier. Longtemps, j’ai cru que le problème était de trouver le courage de parler. En réalité, le soir où Julien m’a demandé ce que j’aimais, je me suis rendu compte que je n’en savais rien de précis. Dire ses envies suppose d’abord de les avoir identifiées, et personne ne prévient que c’est ça, la marche haute.
Faire savoir ses envies commence par un inventaire personnel, pas par une conversation. Les travaux les plus solides sur le sujet montrent que ce qui pèse le plus sur le plaisir féminin n’est ni la technique du partenaire ni la fréquence des rapports, mais l’importance qu’on accorde soi-même à son propre plaisir, l’estime de soi sexuelle et la facilité à en parler.
En bref
- Trois croyances bloquent la parole : la routine vue comme une fatalité, l’orgasme vécu comme une obligation, la chasse au point G.
- Augmenter la fréquence des rapports sur commande fait baisser le désir, c’est mesuré.
- Décrire une sensation marche mieux que demander un geste.
- Si la difficulté dure ou fait souffrir, un professionnel de santé reste le bon interlocuteur.
- 1 Ce qui détermine vraiment le plaisir féminin
- 2 Première croyance à jeter : la routine serait une fatalité
- 3 Deuxième croyance à jeter : l’orgasme serait dû
- 4 Troisième croyance à jeter : le point G serait une cible
- 5 Comment on formule une envie sans plomber le moment
- 6 Quand la parole ne suffit pas
Ce qui détermine vraiment le plaisir féminin
Avant de vous donner nos ficelles, autant poser ce que dit la recherche, parce que ça remet pas mal de conseils de magazine à leur place. Osmo Kontula et Anneli Miettinen ont analysé des enquêtes finlandaises menées de 1979 à 2015 sur des échantillons représentatifs de femmes de 18 à 81 ans, dans Socioaffective Neuroscience & Psychology en 2016.
Leur conclusion : les clés d’orgasmes plus fréquents sont mentales et relationnelles. En tête arrivent l’importance personnelle accordée à l’orgasme, le niveau de désir, l’estime de soi sexuelle et l’ouverture de la communication avec le partenaire. La qualité technique du partenaire compte aussi, mais elle arrive après, aux côtés de la capacité à se concentrer et du caractère mutuel des initiatives.
Autrement dit : dire ce qu’on veut n’est pas un supplément d’âme qu’on ajoute quand tout va bien. C’est un des ingrédients principaux.
Première croyance à jeter : la routine serait une fatalité
Ce qui use un couple, ce n’est pas la répétition, c’est l’injonction à faire mieux et plus souvent. Et sur ce point précis, il existe une expérience éclairante. Loewenstein, Krishnamurti, Kopsic et McDonald ont suivi 128 personnes mariées pendant trois mois (Journal of Economic Behavior & Organization, 2015) : le groupe à qui on avait demandé de doubler sa fréquence de rapports a tenu l’objectif, et a vu son désir et son plaisir baisser.
Nous l’avons vécu à notre échelle après un déménagement compliqué, en décidant très sérieusement de « s’y remettre deux fois par semaine ». Résultat : deux rendez-vous obligatoires et beaucoup de soulagement quand l’un des deux annulait. Ce qui a débloqué la situation, ce n’est pas un planning, c’est une phrase de ma part sur ce dont j’avais envie ce soir-là, précisément.
Deuxième croyance à jeter : l’orgasme serait dû
Poser l’orgasme comme un examen de fin de soirée est le meilleur moyen de le rater, et surtout de se taire pour éviter la conversation qui suit. Il y a pourtant une information très concrète à faire circuler à la place. Herbenick et ses collègues ont interrogé 1 055 Américaines de 18 à 94 ans dans un échantillon probabiliste (Journal of Sex & Marital Therapy, 2018) : environ 37 % ont besoin d’une stimulation clitoridienne pour atteindre l’orgasme, 36 % déclarent qu’elle l’améliore sans être indispensable, et 18 % que la pénétration seule suffit.
Ce chiffre change complètement le statut de la demande. Dire « j’ai besoin de ça » n’est pas un caprice ni une critique déguisée du partenaire : c’est une information anatomique que la majorité des femmes concernées ne transmettent jamais.
Troisième croyance à jeter : le point G serait une cible
Cette chasse au trésor occupe des soirées entières et remplace l’écoute par une recherche appliquée. Or l’anatomie ne suit pas. Hoag, Keast et O’Connell ont pratiqué des dissections systématiques de la paroi vaginale antérieure sur 13 corps de 32 à 97 ans (The Journal of Sexual Medicine, décembre 2017) sans identifier la moindre entité anatomique distincte. Une équipe turque conduite par Sivaslıoğlu a repris la question en 2021 sur 15 participantes, IRM puis biopsies à l’appui, et conclut dans le même sens.
Le concept qui a remplacé le point G dans la littérature est le complexe clitoro-urétro-vaginal, proposé par Jannini, Buisson et Rubio-Casillas dans Nature Reviews Urology en 2014 : une zone d’interaction entre plusieurs structures, pas un bouton. Traduction pratique : il n’y a rien à trouver, il y a quelqu’un à écouter.
Comment on formule une envie sans plomber le moment
Notre règle, apprise à la dure : décrire une sensation plutôt que commander un geste. Un geste demandé se transforme en consigne à exécuter, une sensation décrite donne une direction et laisse de la place.
- Au lieu de « va plus doucement », dire ce que produit la lenteur : « j’aime quand ça monte lentement, ça me fait tout oublier ».
- Au lieu de lister ce qui ne va pas, raconter un souvenir précis : « la dernière fois, ce que tu as fait au début, j’y repense encore ».
- Au lieu d’attendre le bon moment, glisser une envie dans une conversation ordinaire, un dimanche matin, en dehors de la chambre.
Et une envie exprimée reste une proposition, jamais un engagement : chacun peut dire non à tout moment, y compris après avoir dit oui. C’est aussi ce qui rend la parole sûre.
Quand la parole ne suffit pas
Il y a des situations où aucune formulation ne débloque quoi que ce soit : douleurs pendant les rapports, disparition durable du désir, souffrance qui déborde sur le reste de la vie. Ce sont des motifs de consultation, pas des sujets de blog.
Un point utile à savoir avant de chercher : le titre de sexologue n’est pas protégé en France. N’importe qui peut s’en prévaloir. Regardez la formation initiale de la personne (médecin, sage-femme, psychologue) et son éventuelle appartenance à une société savante comme l’Association interdisciplinaire post-universitaire de sexologie. En cas de douleur, le médecin traitant ou la sage-femme restent la première porte.
Une fois que vous savez quoi dire
Reste à trouver le moment, et ce n’est jamais celui qu’on croit.
Si c’est plutôt l’envie elle-même qui manque en ce moment, nous avons regardé de plus près ce qui bloque la libido quand le stress s’en mêle.
Mis à jour le 21 août 2026. Contenu d’information générale mêlé de retours d’expérience personnels : il ne remplace ni un avis médical, ni l’accompagnement d’un professionnel de santé.
Sources consultées le 21 août 2026 : Kontula O. et Miettinen A., « Determinants of female sexual orgasms », Socioaffective Neuroscience & Psychology, vol. 6, 2016 ; Loewenstein G., Krishnamurti T., Kopsic J. et McDonald D., « Does Increased Sexual Frequency Enhance Happiness ? », Journal of Economic Behavior & Organization, 2015 ; Herbenick D. et coll., Journal of Sex & Marital Therapy, 2018 ; Hoag N., Keast J. R. et O’Connell H. E., The Journal of Sexual Medicine, vol. 14 n° 12, 2017 ; Sivaslıoğlu A. A. et coll., Turkish Journal of Obstetrics and Gynecology, 2021 ; Jannini E. A., Buisson O. et Rubio-Casillas A., Nature Reviews Urology, 2014.
