Cet article est écrit à deux voix, parce que la question se pose des deux côtés de l’écran et que les réponses ne se ressemblent pas du tout. Julien a passé deux ans sur Tinder à se demander pourquoi ses propositions de rendez-vous restaient sans suite. Elodie, elle, était sur ces mêmes applications au même moment. On a comparé.
Une femme décline rarement un rendez-vous Tinder à cause de vous en particulier. Elle le décline parce qu’elle reçoit un volume de sollicitations sans commune mesure avec le vôtre, parce qu’une majorité des profils qu’elle croise ne cherchent pas la même chose qu’elle, et parce qu’accepter un rendez-vous avec un inconnu comporte pour elle un risque que vous ne calculez pas.
En bref
- 69 % des femmes ont déjà subi au moins une forme de harcèlement sur une plateforme de rencontres (Ifop pour UfancyMe, 2018).
- Les femmes estiment que 57 % des personnes qu’elles y rencontrent ne cherchent pas de relation sérieuse.
- Le ghosting n’est pas une affaire de genre : 56 % des hommes et 53 % des femmes l’ont déjà subi.
- Un rendez-vous se propose tôt, court, dans un lieu public, et le refus se prend sans relance.
- 1 La question, telle qu’on se la pose quand on est de ce côté-là
- 2 Ce que vous ne voyez pas depuis votre écran
- 3 Une majorité des profils qu’elle croise ne cherchent pas ce qu’elle cherche
- 4 Ce qu’on croit, et ce qui est plus probable
- 5 Le ghosting n’est pas une spécialité féminine
- 6 Ce qui a changé la donne, concrètement
- 7 Trois questions qu’on nous pose là-dessus
La question, telle qu’on se la pose quand on est de ce côté-là
Julien
Franchement, à l’époque, je pensais que le problème venait de mes photos. On discutait bien, elle riait à mes messages, je proposais un verre le samedi, et plus rien. Pas un refus, pas une explication. J’en ai déduit ce que beaucoup en déduisent : qu’elles étaient là pour flatter leur ego et qu’aucune rencontre ne les intéressait. C’est une explication confortable et j’ai mis longtemps à comprendre qu’elle ne tenait pas la route.
Ce que vous ne voyez pas depuis votre écran
Elodie
La première chose à intégrer, c’est le décor dans lequel arrive votre message. L’Ifop a mesuré ce décor pour le site UfancyMe en octobre 2018, auprès de 1 031 personnes inscrites sur un site de rencontre : plus de deux femmes sur trois (69 %) y ont déjà subi au moins une forme de harcèlement. Dans le détail, 51 % ont essuyé des avances répétées, 49 % des propos obscènes, et 42 % ont reçu des photos d’organes sexuels. Chez les moins de 25 ans, ces deux derniers chiffres montent à 66 % et 63 %.
Ces données ont sept ans et je le signale honnêtement, mais rien n’indique que la situation se soit inversée. Le point important : 64 % des victimes jugent ces comportements « tout aussi violents que les agressions que l’on peut subir dans la vie réelle », et 64 % ont déjà bloqué quelqu’un. Votre proposition de verre n’arrive donc pas dans une boîte vide, elle arrive dans une boîte où la prudence est devenue un réflexe.
Une majorité des profils qu’elle croise ne cherchent pas ce qu’elle cherche
Toujours dans cette enquête, les femmes évaluent à 57 % la part des personnes rencontrées sur ces plateformes qui ne souhaitent pas de relation sérieuse, contre 39 % du côté des hommes. Autrement dit, la femme à qui vous écrivez part du principe qu’un profil sur deux, au minimum, ne veut pas la même chose qu’elle. Elle trie donc en amont, beaucoup et vite.
Le chiffre suivant achève de planter le décor : près d’une femme sur quatre (24 %) s’est déjà vu proposer un rapport sexuel contre rétribution sur ce type de plateforme. À peu près autant que d’hommes (26 %), ce qui montre au passage que ces sites ne sont pas seulement un problème féminin.
Ce qu’on croit, et ce qui est plus probable
| L’explication qu’on se donne | L’explication la plus banale |
|---|---|
| Elle est là pour son ego | Elle trie un volume de messages qui rend la conversation jetable par défaut |
| Elle joue avec vous | Elle a fait la même proposition ailleurs et a répondu à celle qui est arrivée en premier |
| Elle est trop timide | Le lieu, l’heure ou le format proposés ne lui semblaient pas sûrs |
| Elle veut vous tester | Elle n’était pas disponible cette semaine-là et n’a pas jugé utile de le dire |
Julien
La ligne qui m’a le plus servi est la troisième. Je proposais « un verre chez moi, c’est plus tranquille », parce que je suis casanier et que je trouvais ça sympathique. Vu d’en face, ce n’est pas une invitation, c’est un signal d’alarme. Le jour où je suis passé à « un café en terrasse mercredi à 18 h », le taux de réponse a changé du tout au tout.
Le ghosting n’est pas une spécialité féminine
C’est probablement la donnée la plus utile de toute cette enquête pour qui rumine un silence. Les hommes sont plus nombreux à s’être fait poser un lapin (42 %) que les femmes (23 %), et légèrement plus nombreux à avoir déjà subi du ghosting : 56 % contre 53 %. Le silence sur ces applications frappe donc tout le monde, à peu près à parts égales. Il ne dit rien de vous en particulier.
Ce qui a changé la donne, concrètement
Julien
Quatre réglages, aucun ne relève de la technique de séduction. Proposer tôt, avant que la conversation ne s’installe en habitude écrite. Proposer court : un café d’une heure, avec une fin annoncée, engage moins qu’un dîner. Proposer public, en lui laissant choisir le quartier. Et accepter le premier non sans en demander la raison. C’est ce dernier point qui m’a coûté le plus d’efforts et qui a le plus servi.
Elodie
J’ajoute la seule chose qui, de mon côté, faisait vraiment basculer un profil dans la colonne « je réponds » : un message qui prouvait qu’il avait lu ma fiche. Pas un compliment sur une photo, une question sur ce que j’y avais écrit. Ça paraît minuscule et ça reste, des années après, le tri le plus efficace que je connaisse.
Un rappel qui n’est pas de la morale, mais du droit. Envoyer une photo à caractère sexuel à quelqu’un qui ne l’a pas demandée n’est pas une audace de dragueur. L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende par l’article 222-32 du code pénal, qui vise aussi les faits commis par un support numérique ou électronique. La relance insistante après un refus clair relève, elle, du harcèlement.
Trois questions qu’on nous pose là-dessus
Au bout de combien de messages proposer un rendez-vous ?
Aucune étude ne donne de seuil, et méfiez-vous de ceux qui en avancent un. Notre observation : quand la conversation commence à se répéter, elle a déjà passé son pic. Mieux vaut proposer un peu trop tôt que trop tard.
Faut-il relancer après un silence ?
Une fois, à distance, sans reproche, et c’est tout. Une deuxième relance ne produit jamais un oui, elle produit un blocage. Rappelez-vous que 64 % des femmes ayant subi du harcèlement sur ces plateformes ont déjà bloqué quelqu’un.
Et si elle accepte puis annule au dernier moment ?
Ça arrive, dans les deux sens, et c’est le lot commun de tous les utilisateurs. Reproposez une date une fois. Si elle ne se saisit pas de la perche, passez à autre chose sans en faire une histoire.
Le premier message, celui qui décide de tout
Julien y a consacré un article entier, avec ce qui a marché et ce qui n’a jamais rien donné.
Et si le silence d’un profil vous intrigue pour de mauvaises raisons, insistance sur un autre canal, demande d’argent, photos trop parfaites, notre guide pour éviter les arnaques sur les sites de rencontres détaille les signaux qui doivent alerter.
Mis à jour le 22 août 2026. Contenu d’information générale nourri de notre expérience de couple formé en ligne : il ne remplace pas l’avis d’un professionnel.
Sources consultées le 22 août 2026 : Ifop pour UfancyMe, « Enquête sur le harcèlement et les formes d’irrespect sur les sites de rencontre », réalisée du 17 au 19 octobre 2018 auprès de 1 031 personnes inscrites sur un site de rencontre, extraites d’un échantillon national représentatif de 2 523 personnes ; code pénal, article 222-32 (Légifrance).
