On a mis longtemps à comprendre que le choix d’un gode se joue rarement sur la forme, et presque toujours sur la matière. Un modèle mal choisi ne se contente pas de décevoir : il s’entretient mal, il vieillit mal, et parfois il n’aurait jamais dû être vendu.
Un gode est un objet de pénétration sans mécanisme ni vibration, à la différence du vibromasseur. Sept familles se partagent l’essentiel du marché : verre, ventouse, anal, double, métal, gonflant et réaliste. Le seul critère qui ne se négocie pas avant la taille, la courbure ou le prix, c’est une matière non poreuse et déclarée : silicone, verre borosilicaté ou acier inoxydable.
En bref
- Non poreux = nettoyable en profondeur. Poreux = à usage limité et à remplacer souvent.
- Un modèle destiné à l’anus doit avoir une base élargie, sans exception.
- Le lubrifiant à base d’eau va avec tout. Le lubrifiant silicone attaque les jouets en silicone.
- Une composition qui n’est écrite nulle part sur l’emballage est une information manquante, pas un détail.
Gode, godemichet, vibromasseur : de quoi parle-t-on exactement
Le gode, ou godemichet, désigne un objet destiné à la pénétration vaginale ou anale, dont le plaisir vient du mouvement qu’on lui imprime et non d’un moteur. C’est ce qui le sépare du vibromasseur, dont l’effet repose sur une vibration mécanique, et du plug, conçu pour rester en place plutôt que pour être animé.
La forme phallique n’est pas obligatoire, loin de là. Une partie des modèles vendus aujourd’hui assument un dessin abstrait, courbe ou ondulé, sans chercher la ressemblance. C’est même une des évolutions les plus visibles du rayon depuis que le succès de librairie de 50 Nuances de Grey a fait sortir ces objets de la confidentialité : la demande s’est diversifiée, l’offre aussi.
Reste une question qu’on nous pose souvent et qui mérite une réponse honnête : un gode ne remplace personne, et il ne « répare » rien. Il ajoute une sensation, une possibilité de solo, parfois un jeu à deux. Une baisse de désir installée ou une douleur pendant la pénétration relèvent d’un tout autre registre, celui d’une consultation chez un médecin ou un professionnel formé à la sexologie.
La matière compte plus que la forme
Le premier tri à faire est celui du poreux et du non poreux, parce qu’il commande tout le reste : l’hygiène, la durée de vie et la compatibilité avec les lubrifiants. Une matière non poreuse présente une surface lisse et fermée, qui se lave et se désinfecte réellement. Une matière poreuse retient l’humidité et les micro-organismes dans des interstices que le savon n’atteint pas.
Le silicone médical plein, le verre borosilicaté et l’acier inoxydable appartiennent à la première catégorie. Les matières souples bon marché regroupées sous les appellations jelly, TPE, TPR ou PVC souple appartiennent à la seconde. Elles ne sont pas interdites, mais elles imposent un préservatif à chaque usage et un remplacement fréquent.
Il y a un enjeu chimique derrière cette histoire de souplesse. Une équipe des universités Duke et Appalachian State a publié en 2023 dans Microplastics and Nanoplastics une analyse de jouets sexuels du commerce : les quatre produits testés contenaient des phtalates, dont le DEHP, au-delà de 0,1 % de la masse. Quatre produits, c’est très peu pour généraliser, et il faut le dire. Mais le seuil de 0,1 % n’est pas choisi au hasard : c’est exactement la limite fixée par l’entrée 51 de l’annexe XVII du règlement REACH, étendue à l’ensemble des articles de consommation contenant des matières plastifiées par le règlement (UE) 2018/2005, applicable depuis le 7 juillet 2020.
Depuis le 13 décembre 2024, ces objets relèvent par ailleurs du règlement (UE) 2023/988 sur la sécurité générale des produits, qui a remplacé la directive de 2001. Concrètement, un fabricant ou un importateur doit être identifiable, et le produit doit porter les informations permettant de le tracer. Un article vendu sans marque, sans composition et sans coordonnées d’importateur coche exactement les cases de ce qu’il vaut mieux laisser en ligne.
| Matière | Poreuse ? | Sensation dominante | Entretien |
|---|---|---|---|
| Silicone plein | Non | Souple, proche de la peau | Eau savonneuse, ébullition possible |
| Verre borosilicaté | Non | Ferme, lisse, thermorégulable | Très simple, supporte le choc thermique |
| Acier inoxydable | Non | Lourd, froid, pression appuyée | Très simple, quasi indestructible |
| Jelly, TPE, TPR, PVC souple | Oui | Très molle, parfois collante | Préservatif conseillé, à remplacer souvent |
Les sept familles, une par une
1. Le gode en verre
Le verre borosilicaté, le même que celui des plats allant au four, est bien plus solide que son apparence ne le laisse croire. C’est aussi la matière la plus facile à porter à la température qu’on veut : quelques minutes dans un bol d’eau tiède ou fraîche suffisent, et la sensation change du tout au tout. Deuxième avantage, il accepte tous les lubrifiants sans exception.
Sa dureté est son vrai caractère. On sent chaque relief, chaque nervure, chaque nodule, ce qui plaît beaucoup à certaines et pas du tout à d’autres. Un point de vigilance : un modèle en verre se vérifie avant chaque usage, en le passant sous les doigts, à la recherche d’un éclat ou d’une micro-fêlure. Au moindre doute, il part à la poubelle.
2. Le gode ventouse
C’est le modèle qui libère les mains, et c’est tout son intérêt. Fixé sur une surface parfaitement plane et propre, paroi de douche, carrelage, porte, il permet de choisir le rythme avec le corps entier plutôt qu’avec le poignet, et de se caresser en même temps.
Deux réserves pratiques. La ventouse n’adhère pas sur un carrelage à joints creux ni sur un mur texturé : il faut une vraie surface lisse. Et l’adhérence lâche parfois d’un coup, ce qui suppose de ne pas s’installer dans une position où la chute serait un problème. Beaucoup de modèles ventouse sont en silicone, ce qui interdit le lubrifiant silicone.
3. Le gode anal
Une seule règle prime sur toutes les autres : une base élargie, en forme de pavillon ou de disque. Le rectum se prolonge par le côlon, les contractions attirent naturellement un objet vers l’intérieur, et un modèle sans butée peut se retrouver hors de portée. C’est le motif de passage aux urgences le plus banal et le plus évitable du genre.
Les modèles anaux sont en général plus fins, avec une progression douce du diamètre. L’anus ne produit aucune lubrification, ce qui rend le lubrifiant obligatoire et non facultatif. Et si un jouet a servi par voie anale, il ne repasse pas par le vagin sans lavage complet, ou sans changement de préservatif : c’est la meilleure façon d’éviter une infection urinaire.
4. Le double gode
Conçu pour être utilisé par les deux extrémités, il permet une double pénétration en solo comme un usage face à face à deux. Sa souplesse est ici un critère de confort plus que de style : un modèle trop rigide impose des angles inconfortables, un modèle très flexible se plie mais transmet moins de sensation.
À deux, la règle est la même que pour tout objet partagé : soit chacun garde son extrémité et l’objet est lavé entre deux usages, soit on utilise un préservatif de chaque côté. Deux tailles différentes sur un même modèle sont fréquentes, et souvent plus pratiques qu’un objet symétrique.
5. Le gode en métal
L’acier inoxydable joue sur deux registres : le poids, qui crée une pression que rien d’autre ne reproduit, et le froid, qui persiste bien après l’insertion. Ce n’est pas un objet de confort, c’est un objet de sensation franche, apprécié notamment dans les pratiques de domination consentie.
Il se stérilise sans limite, ne vieillit pas, accepte tous les lubrifiants. En contrepartie, il est cher, lourd à manier longtemps, et parfaitement impardonnable en cas de geste brusque. On commence doucement, littéralement.
6. Le gode gonflant
Relié à une poire manuelle, il permet de faire varier le diamètre une fois en place. L’attrait est évident pour qui aime la sensation de dilatation progressive, et il évite d’acheter trois tailles différentes.
C’est aussi le modèle le plus délicat à entretenir, parce que le mécanisme et le tuyau ne se lavent pas comme une surface pleine. On vérifie l’état de la valve avant chaque usage, on gonfle par petits paliers, et on dégonfle complètement avant de retirer. Un modèle dont la poire fuit ne se répare pas.

7. Le gode réaliste
C’est la famille la plus vaste, et celle où le tri qualité est le plus nécessaire. Le réalisme se décline sur la couleur, le veinage, la présence de testicules, parfois un mécanisme d’éjaculation simulée. Les meilleurs modèles sont en silicone plein, souvent bi-densité : un noyau plus ferme sous une enveloppe souple, ce qui donne une tenue sans rigidité.
Le piège, c’est que le rayon réaliste est aussi celui où l’on trouve le plus de matières poreuses vendues à petit prix. Un modèle très souple, légèrement collant, à l’odeur chimique persistante, coche toutes les cases de ce qu’on préfère éviter. Un fantasme qu’on a envie de mettre en scène mérite mieux qu’un objet qu’on jettera dans six mois.
Lubrifiant, nettoyage, rangement : trois gestes qui changent tout
Le lubrifiant à base d’eau est compatible avec toutes les matières, y compris le silicone, et c’est la raison pour laquelle il reste le choix par défaut. Le lubrifiant à base de silicone, lui, dégrade la surface des jouets en silicone en la rendant collante et poisseuse de façon irréversible. En cas de doute sur la matière du jouet, on reste à l’eau.
Le nettoyage se fait à l’eau tiède et au savon doux, avant et après chaque usage, en insistant sur les reliefs et la base. Le silicone plein, le verre et l’acier supportent en plus un passage à l’eau bouillante quelques minutes, ce qui n’est jamais le cas d’un objet à moteur ou à mécanisme. Séchage complet avant rangement, sinon l’humidité reste piégée.
Le rangement compte plus qu’on ne croit : deux jouets en silicone stockés en contact direct peuvent réagir l’un avec l’autre et se déformer. Une pochette en tissu par objet règle le problème, et évite au passage la poussière.
À deux : le gode ceinture, et la question qui précède tout
Le gode ceinture se fixe sur un harnais et permet à l’un des partenaires de pénétrer l’autre. Il existe en version compatible avec la plupart des godes à base large, et en version intégrée. Le confort dépend surtout du harnais, pas du gode : sangles réglables, largeur de la plaque avant, matière qui ne scie pas.
Le préalable, lui, n’a rien de technique. Introduire un objet dans la sexualité d’un couple se décide à deux, en amont, à un moment où personne n’est en position de dire oui pour ne pas gâcher la soirée. Le consentement, dans la définition posée par la loi n° 2025-1057 du 6 novembre 2025, est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable, et ne se déduit ni du silence ni de l’absence de réaction. Un accessoire choisi ensemble dans un catalogue est déjà, en soi, une conversation réussie.
Vos questions sur les godes
Comment reconnaître un modèle de bonne qualité en boutique ?
Trois signes se vérifient sans rien démonter : la matière est nommée explicitement sur l’emballage (silicone, verre borosilicaté, acier inoxydable), un fabricant ou un importateur est identifiable, et l’objet ne dégage pas d’odeur chimique. Une surface légèrement collante ou une souplesse extrême à bas prix orientent vers une matière poreuse.
Quelle taille choisir pour un premier achat ?
Plus petit que ce qu’on imagine. Le diamètre pèse davantage que la longueur dans le confort ressenti, et une courbure marquée sollicite la paroi antérieure du vagin plus efficacement qu’une taille imposante. Un premier modèle sert surtout à savoir ce qu’on aime : autant qu’il soit maniable.
Peut-on utiliser le même jouet par voie vaginale et anale ?
Oui, à condition de ne jamais passer de l’anus au vagin sans lavage complet ou sans changer de préservatif, pour éviter le transfert de bactéries intestinales. Et un modèle utilisé par voie anale doit dans tous les cas posséder une base élargie qui empêche l’objet de s’enfoncer.
Au bout de combien de temps faut-il remplacer un gode ?
Un modèle en verre, en acier ou en silicone plein bien entretenu dure des années ; on le remplace sur signe visible, éclat, fissure, surface qui devient collante ou poisseuse. Un modèle en matière poreuse se remplace beaucoup plus vite, parce qu’aucun nettoyage ne le remet réellement à neuf.
Un gode peut-il provoquer une irritation ou une infection ?
Un manque de lubrifiant, une matière poreuse mal nettoyée ou un objet partagé sans protection augmentent le risque d’irritation et d’infection. Une douleur, un saignement ou des symptômes qui persistent après un usage justifient une consultation médicale, sans attendre et sans gêne : c’est un motif de consultation courant.
Et côté mise en scène ?
L’accessoire n’est qu’une partie du décor. Le reste se joue souvent avant, dans ce qu’on porte.
Mis à jour le 17 août 2026.
Sources : règlement REACH, annexe XVII entrée 51, modifiée par le règlement (UE) 2018/2005, applicable depuis le 7 juillet 2020 (limite de 0,1 % en masse pour le DEHP, le DBP, le BBP et le DIBP) ; règlement (UE) 2023/988 relatif à la sécurité générale des produits, applicable depuis le 13 décembre 2024 ; Sipe J. M., Amos J. D., Swarthout R. F., Turner A., Wiesner M. R. et Hendren C. O., « Bringing sex toys out of the dark: exploring unmitigated risks », Microplastics and Nanoplastics, vol. 3 n° 1, 2023 (universités Duke et Appalachian State, quatre produits analysés seulement) ; loi n° 2025-1057 du 6 novembre 2025 sur la définition du consentement.
Article d’information générale destiné à un public majeur. Il ne constitue pas un avis médical : pour toute douleur, lésion ou symptôme persistant, consultez un professionnel de santé.
